Comme le baron s'étonnait un jour de le voir appuyer ce mariage:
—C'est que j'aime mieux Carmelita que Thérèse, répondit Gaston; au moins Carmelita est du monde. Je vous avoue que j'ai eu une belle peur quand le colonel a rompu avec la marquise; j'ai cru qu'il allait retourner à sa petite cousine, ce qui était indiqué, et la prendre pour femme. C'est un miracle qu'il ne l'ait pas fait, et je suis reconnaissant à Carmelita de l'avoir empêché. Voyez-vous le colonel Chamberlain marié à une ouvrière du faubourg Saint-Antoine!
Non, vraiment; non, le baron Lazarus ne voyait pas cela.
XIII
Cependant ces paroles de Gaston de Pompéran lui donnèrent à réfléchir.
Si le colonel Chamberlain avait dû, au dire de son ami, revenir à sa petite cousine après sa rupture avec madame de Lucillière, n'y reviendrait-il pas après sa rupture avec Carmelita?
Il devait donc prendre des précautions contre cette faubourienne, mais quelles précautions?
Il se mit à étudier cette question et à chercher un moyen de la résoudre, qui, tout en étant sûr, ne le compromît pas; car il ne fallait pas s'avancer à l'étourdie en cette affaire, ni s'exposer à blesser le colonel en agissant d'une façon brutale et surtout directe contre un membre de sa famille.
Le premier point à obtenir, c'était de savoir ce qu'était cette petite Thérèse, et de réunir sur elle autant de renseignements qu'il était possible, afin de chercher dans ces renseignements un moyen d'action.
Mais c'était là une tâche peu commode, au moins pour le baron, qui ne pouvait pas aller entreprendre une enquête de ce genre en plein faubourg Saint-Antoine.