XV
Exactement et régulièrement renseigné, le baron Lazarus fut informé jour par jour de ce qui se passait chez Antoine Chamberlain.
Par Hermann, il apprit la descente de police rue de Charonne, la fuite d'Antoine par les toits, le séjour chez le colonel, la conduite faite par celui-ci à son oncle jusqu'à Bâle, enfin le départ prochain de Thérèse pour aller rejoindre son père.
Il voulut même assister à ce départ, pour voir comment le colonel se séparait de sa petite cousine, et il se rendit à la gare de l'Est.
Trois quarts d'heure avant le départ du train, il vit arriver le colonel, qui se promena en long et en large dans la salle des pas-perdus, insensible à ce qui l'entourait, n'ayant d'attention que pour les voitures qui apportaient des voyageurs.
Il était visible que ce départ le troublait; il marchait vite, il s'arrêtait tout à coup, et ses lèvres s'agitaient comme si elles prononçaient tout bas des paroles qui de temps en temps étaient accompagnées d'un geste énergique de la main.
Assis sur un banc dans l'ombre, et de plus cachant son visage derrière un numéro de l'Allgemeine Zeitung, qu'il ne pouvait pas lire, le baron ne perdit pas le colonel de vue, sans que celui-ci eût l'idée de regarder ce lecteur dont les yeux le suivaient.
Une voiture s'arrêta devant le perron et il en descendit deux hommes, un vieux et un jeune, puis une jeune fille.
Le colonel se dirigea vers eux et tendit tout d'abord la main à la jeune fille. Le baron l'étudia: elle lui parut jolie avec quelque chose d'attrayant, de charmant dans toute sa personne qui la rendait véritablement dangereuse.
Il était heureux qu'elle quittât Paris; car, à la regarder, on comprenait très bien que le colonel éprouvât pour elle de tendres sentiments.