A onze heures du soir, ils montèrent ensemble en voiture, rue de Valois, et se firent conduire à l'entrée de Nogent, où ils renvoyèrent leur voiture. Ils traversèrent à pied le village et arrivèrent à la gare en temps pour prendre le train d'une heure. Mais le colonel ne demanda pas des billets directs pour Mulhouse ou pour Bâle; il les prit pour Longueville; à Longueville, il en prit d'autres pour Troyes; à Troyes, d'autres pour Vesoul; à Vesoul, d'autres pour Mulhouse; à Mulhouse enfin, d'autres pour Bâle.

Si on les suivait, il serait bien difficile de se reconnaître dans cette confusion.

Ils passèrent la frontière sans difficulté. A Saint-Louis, Antoine crut, il est vrai, qu'on l'examinait avec attention, mais ce fut une fausse alerte.

A Bâle, le colonel embrassa son oncle et le quitta, ayant hâte de revenir à Paris pour rassurer Thérèse.

Il eût voulu faire pour elle ce qu'il avait fait pour Antoine, et l'accompagner jusqu'à Bâle pour la remettre aux mains propres de son père qui l'attendait; mais il n'osa pas se proposer pour ce voyage, par respect pour Michel, et ce fut Sorieul qui dut la conduire.

Il se trouva seulement à la gare de l'Est, pour lui faire ses adieux avant qu'elle montât en wagon.

Michel était là aussi.

Ces adieux furent tristes: elle partait pour l'exil. Quand se reverraient-ils? Quelle existence allait-elle mener? Antoine, il est vrai, lui avait dit et répété qu'il ne resterait pas longtemps en Allemagne, et qu'il rentrerait quand l'Empire serait renversé, ce qui devait arriver très prochainement. Mais c'étaient là les paroles d'un fanatique qui croyait naïvement ce qu'il espérait.

Comme il témoignait ses craintes à Sorieul, tandis que Michel entretenait Thérèse:

—Soyez sûr que l'Empire n'en a pas pour longtemps, dit Sorieul; avec ma brochure je lui ai porté un rude coup dont il ne se relèvera pas.