—Pourquoi n'êtes-vous pas venu directement chez moi?

—Par prudence; d'ailleurs ce n'est pas l'hospitalité que je vous demande, c'est plus que cela; mon intention n'est pas de rester à Paris où je n'aurais rien à faire présentement; je veux quitter la France et passer en Allemagne, où j'ai besoin, et je viens vous demander de m'aider à franchir la frontière.

—Je suis à votre disposition, mon oncle.

—J'étais sûr de votre réponse, mon neveu, et voilà pourquoi je suis venu à vous. A Paris, je ne suis pas trop maladroit pour manoeuvrer; mais au delà des fortifications, je suis certain que je me ferais prendre tout de suite. Le gendarme me rend timide et bête.

—Et où voulez-vous aller?

—En Allemagne, où Thérèse me rejoindra, mais la route m'est indifférente, je prendrai celle que vous me conseillerez.

Le colonel réfléchit un moment.

—Ici, dit-il, nous sommes mal pour combiner notre plan, nous n'avons pas d'indicateur; nous allons sortir. Moi, je vais rentrer à l'hôtel par la grande porte; vous, vous allez prendre la rue de Valois, à cette heure déserte. En longeant le mur de mon jardin, vous apercevrez une petite porte: elle sera ouverte. Vous la pousserez, et vous serez chez moi, où nous pourrons délibérer en paix.

Les choses s'accomplirent ainsi, et le résultat de cette délibération, tenue tranquillement dans l'appartement du colonel, fut qu'Antoine partirait le soir pour Bâle; seulement, au lieu de prendre le train à Paris, où une surveillance pouvait être organisée, il le prendrait à Nogent. Le colonel l'accompagnerait jusqu'à Bâle.

Laissant son oncle dans son appartement, où Horace seul le servit, le colonel, pour écarter tous les soupçons, sortit comme il en avait l'habitude.