—Le colonel parti seul! s'écria-t-elle; Carmelita partie avec M. Beio! Qu'est-ce que cela signifie? Le colonel a-t-il vu Carmelita? l'a-t-il entretenue comme il le désirait? sommes-nous arrivés trop tard!
—N'anticipons pas, dit le baron en riant, et avant tout, chère fille, parle-moi franchement? Que penses-tu du colonel?
—C'est la troisième fois que tu me poses cette question: la première fois, tu me l'as adressée lors de l'arrivée du colonel à Paris; la seconde, un peu avant le départ du colonel pour la Suisse; enfin voici maintenant que tu veux que je te répète ce que je t'ai déjà dit. A quoi bon?
—Dis toujours. Si le colonel me demande ta main un de ces jours, dois-je répondre oui ou non? Il faut que je sois fixé.
—Que s'est-il donc passé?
—Il s'est passé que le colonel vient de rompre avec mademoiselle Belmonte.
—Rompre! en si peu de temps!
—Quelques paroles ont suffi.
—Le colonel avait donc bien peu d'affection pour Carmelita?
—Je crois, en effet, qu'il ne l'a jamais aimée, et qu'il avait été amené malgré lui à ce mariage par les intrigues de Mazzazoli. Voilà pourquoi je désire savoir ce que je dois répondre au colonel, si un jour ou l'autre il me demande ta main; car j'ai de bonnes raisons pour croire qu'il m'adressera cette demande.