—Soyez convaincu, dit-il, que je ne parle pas à l'étourdie, pour le plaisir de bavarder. C'est sincèrement que je vous félicite, sinon en me plaçant à votre point de vue, au moins en restant au mien. Faut-il vous dire que votre mariage avec mademoiselle Belmonte me désolait.

—Et pourquoi cela, monsieur?

—Parce que vous ne devez épouser qu'une Française.

—Mais qui a dit que je voulais me marier, je vous prie.

—Personne; seulement on a dit que si vous vous décidez maintenant, vous deviez prendre une Française; voilà tout. Vous êtes une puissance en ce monde, mon cher colonel; on doit compter avec vous. Eh bien! il est d'une bonne politique de vous attirer et de vous gagner; je vous assure qu'on est disposé à faire beaucoup pour cela. Ne résistez pas. Ce n'est pas officiellement que je parle c'est officieusement; mais cependant soyez assuré que mes paroles sont sérieuses on a pour vous de hautes visées. Puis-je dire que je vous ai sondé à ce sujet et que je n'ai pas trouvé vos oreilles fermées? Je sais de source certaine qu'on désire vous adresser une invitation. Êtes-vous présentement en disposition de l'accepter? Vous voyez que je parle net et sans détour. Que dois-je répondre?

—Que vous avez trouvé un homme très touché de la sollicitude qu'on lui témoigne et très reconnaissant qu'on pense à lui, mais en même temps vous avez trouvé aussi un homme incertain sur ce qu'il va faire, et qui ne sait pas en ce moment si demain il ne sera pas en Allemagne, où une affaire importante l'appelle; dans ces conditions la réponse que vous demandez est impossible à formuler, aussi vous a-t-il prié d'attendre son retour.

Et sur ce mot le colonel, ayant vivement dégagé son bras, salua Sainte-Austreberthe et le quitta.

Quelle jeune fille plus ou moins compromise voulait-on lui faire prendre pour femme? Quelles influences voulait-on servir avec sa fortune?

A cette pensée, il voulut retourner sur ses pas pour retrouver Sainte-Austreberthe et à son tour l'interroger. Le marché devait être curieux à connaître. Il apportait sa fortune; que lui apportait-on en échange?

Ah! chère petite Thérèse, quelle différence entre toi et tous ces gens!