Cependant, le baron l'ayant interrogé plusieurs fois sur sa santé et Ida lui ayant demandé en souriant dans quel pays il voyageait présentement, il voulut réagir contre sa maussaderie; puisqu'il avait accepté ce dîner, il devait y apporter une figure et des manières convenables. Évidemment sa tenue était grossière et ridicule, il réfléchirait plus tard.

Placé près d'Ida, il se tourna vers elle et tâcha de la convaincre qu'il ne voyageait pas pour le moment dans des pays chimériques, mais qu'il savait où et près de qui il était.

De là s'ensuivit une conversation animée, qui chassa les préoccupations sérieuses et tristes que le baron avait fait naître.

XXII

Ces dîners «de toute intimité» comme les qualifiait et baron Lazarus, se renouvelèrent souvent, et insensiblement ils devinrent de plus en plus fréquents.

Chaque fois, le baron avait d'excellentes raisons pour appuyer son invitation, et chaque fois le colonel, de son côté, n'en avait que de mauvaises pour la refuser.

D'ailleurs dans le vide qui remplissait son existence, ces dîners n'avaient rien pour lui déplaire, bien loin de là.

En effet, quand il ne prenait point part à un dîner de gala ou quand il n'en donnait point un lui-même, il mangeait le plus souvent à son restaurant ou à son cercle, et le brouhaha des grandes réunions lui était tout aussi désagréable que le silence et la solitude.

Chez le baron, il trouvait ce qu'il ne rencontrait pas ailleurs.

Il y a longtemps qu'on a dit que le plaisir de la table est une sensation qui naît de l'heureuse réunion de diverses circonstances, de choses et de personnes.