Quand elle disait Lieber papa, sa voix était une suave musique.

Et il était impossible d'être plus gracieuse qu'elle quand, penchée devant son père, elle lui tendait un papier roulé pour qu'il allumât sa pipe.

Où aurait-on trouvé à Paris une jeune fille qui aurait permis que son père fumât chez elle, et la pipe encore?

Pour elle, au contraire, cela était tout simple; elle ne pensait qu'aux plaisirs des autres, et, pour son odorat, la fumée de la pipe paternelle ne pouvait que sentir bon.

Quand le colonel entra chez Ida, celle-ci était au piano en train de jouer une romance de Mendelssohn, et le baron, sa pipe allumée, était assis dans son fauteuil.

Au bruit que fit la porte en s'ouvrant, Ida tourna la tête; mais le colonel lui fit signe de ne pas s'interrompre. Quant au baron, il ne bougea pas; on pouvait croire qu'il était absorbé dans une sorte de ravissement. Renversé dans son fauteuil, les yeux perdus dans le vague, il n'était plus assurément aux choses de la terre: était ce la musique, était-ce le tabac qui produisait cette extase? les deux peut-être.

Le colonel, sans faire de bruit, s'assit sur le premier siège qu'il trouva à sa portée et attendit que la romance fût finie.

Le dernier accord plaqué, Ida quitta vivement son tabouret et vint à lui en courant.

—Vous êtes en retard, dit-elle; voilà pourquoi j'ai joué cette romance à papa. Voulez-vous que je la recommence pour vous?

Le baron était enfin sorti de son état extatique.