—Colonel, dit-il, j'ai une demande à vous adresser, et, bien qu'elle me coûte cruellement, je ne dois penser qu'à ma fille. Après avoir longuement et douloureusement réfléchi, mon intention n'est pas de lui avouer la vérité, au moins présentement; je désire lui laisser croire que vous restez à Paris par patriotisme, et que cette raison est la seule qui vous empêche de nous accompagner en Allemagne. Plus tard, lorsque le temps aura apporté un certain apaisement à son chagrin, je la préparerai peu à peu à la vérité; mais, pour que ce plan réussisse, il me faut votre concours. Je compte quitter Paris dans deux ou trois jours: voulez-vous m'accompagner à la gare et m'aider à tromper cette pauvre enfant? Sans doute, il vous faudra feindre des sentiments que vous n'éprouvez pas, mais la pitié vous inspirera.

Le baron essuya sa joue du bout de son doigt; il pleurait, ce pauvre père!

Bien entendu, le colonel promit ce qui lui était demandé; pouvait-il refuser?

Il voulut même faire davantage, et, le lendemain soir, il se rendit rue du Colisée.

La maison était bouleversée. Une escouade d'ouvriers emballeurs entassait, dans les caisses en bois, tous les objets de valeur qui garnissaient les appartements: les tableaux, les bronzes, les livres, les porcelaines et les meubles assez légers pour être emportés.

—Savons-nous quand nous reviendrons et ce que nous retrouverons? dit le baron.

Ida, prenant le colonel par la main, le conduisit devant la volière et l'aquarium.

—J'ai compté sur vous, dit-elle tristement; je ne puis emporter ni mes oiseaux ni mes poissons, et j'ai peur qu'on ne les laisse mourir ici. Voulez-vous que je les fasse porter chez vous demain matin? En les regardant, vous penserez quelquefois à l'exilée.

Puis; le baron les ayant laissés seuls, elle lui prit la main, et la lui serrant fortement:

—C'est bien, dit-elle, en restant à Paris, vous faites votre devoir. La France n'est-elle pas votre patrie?