Comme l'ombre avait commencé à brouiller les choses et à rendre le sentier qu'ils suivaient incertain, il lui avait de nouveau pris la main, et de nouveau elle avait marché près de lui en s'appuyant sur son bras.

—Et quand voulez-vous mettre votre projet à exécution? demanda-t-il.

—Je ne sais trop. Tout est bien arrêté dans mon esprit, la date seule de mon départ n'est point fixée; car vous pensez bien que je n'ai pas d'engagement signé qui me réclame, et puis la saison n'est pas bonne pour les théâtres, qui, la plupart, sont fermés. Enfin il m'en coûte de me dire: Tel jour, à telle heure, je ne verrai plus ma mère ni mon oncle.

A ce mot, elle s'arrêta, la voix troublée par l'émotion.

Et il la sentit frémissante contre lui.

Mais bientôt elle reprit:

—Je balancerai peut-être assez longtemps encore ce départ; en tout cas, il aura lieu certainement avant celui de mon oncle. Quand je verrai ma mère rétablie,—car j'espère qu'ici elle va se rétablir promptement,—quand on parlera de rentrer à Paris, alors je partirai, et bien entendu, on ne rentrera pas à Paris. C'était pour moi, pour mon mariage, que mon oncle et ma mère habitaient Paris; quand ils n'auront plus le souci de ce mariage, ils retourneront à Belmonte, et j'aurai la satisfaction de penser que ma fuite a, de ce côté, ce bon résultat encore d'assurer la santé de ma mère. Seulement, pour que tout cela s'arrange dans la réalité, comme je le dispose en imagination, il faut que vous soyez au Glion vous-même, au moment où je me séparerai de mes parents. En me demandant quand je partirai, vous devez donc commencer par me dire, quand vous comptez partir vous-même.

—Mais je n'en sais rien.

—Alors je ne sais moi-même qu'une chose, c'est que mon départ précédera le vôtre de quelques jours. Prévenez-moi donc quand vous serez prêt.

—Et d'ici là?