Il lut:
«Mon brusque départ a dû vous bien surprendre, chère Carmelita, et quand le lendemain de notre journée passée dans la montagne, on vous a dit que j'avais quitté le Glion, je ne sais ce que vous avez dû penser.
«En tous cas, quelles qu'aient été les accusations que vous avez pu porter contre moi ou contre ma conduite, elles étaient fondées, puisque vous ignoriez à quel mobile j'obéissais en partant.
«Aujourd'hui, l'heure est venue de vous donner les explications de cette conduite étrange qui, une fois encore, a dû justement vous indigner, et je veux le faire franchement, loyalement, comme il convient à un homme d'honneur qui croit devoir se justifier.
«Pourquoi suis-je parti sans vous avertir?
«Tout d'abord c'est à cette question que je veux répondre, car c'est la première, n'est-ce pas, que vous vous êtes posée?
«En effet, n'était-il pas tout simple et tout naturel que, voulant partir, je prisse la peine de vous le dire. Pour cela qu'avais-je à faire? A frapper deux coups à notre porte de communication, qui se serait ouverte devant moi et qui m'eût donné toute facilité pour m'expliquer.
«Je ne l'ai pas fait, cependant, et je dois vous dire pourquoi, avant d'aller plus loin.
«La facilité matérielle de m'expliquer, je la trouvais par ce moyen; mais je ne trouvais pas en même temps la liberté morale, et c'était cette liberté morale que je voulais, que j'ai cherchée, que j'ai trouvée dans ce brusque départ.
«Lorsque nous nous sommes séparés, en rentrant de notre promenade, je ne pensais nullement à ce départ; bien au contraire, je n'avais qu'une idée, qu'un but rester près de vous.