«Je ne sais ce qu'a été cette nuit pour vous après les sensations et les émotions de notre journée.
«Pour moi elle a été une nuit de réflexions les plus graves; car c'était ma vie que j'allais décider, c'était en même temps la vôtre.
«Dans des conditions pareilles, direz-vous encore, pourquoi n'avoir pas frappé à la porte de communication?
«Ma réponse sera franche.
«Parce j'aurais subi votre influence toute-puissante, irrésistible, et, au lieu de voir par mes propres yeux, au lieu de sentir par mon propre coeur, au lieu de raisonner avec ma propre raison, je me serais laissé entraîner, j'aurais vu par vos yeux, j'aurais senti par votre coeur, je n'aurais pas raisonné.
«J'ai voulu m'assurer cette liberté d'examen et de décision.
«Voilà comment je suis parti, sans vous parler de ce départ, convaincu à l'avance que, si je vous disais un seul mot, je ne partirais point.
«Or il fallait, il fallait absolument que je partisse, pour avoir toute ma liberté de conscience.
«En vous quittant, en vous serrant dans mes bras une dernière fois, je ne m'imaginais guère que le lendemain matin nous ne nous verrions plus; mais, dans le calme et le silence de la nuit, la réflexion a remplacé les emportements tumultueux de la journée, et, peu à peu, j'ai été amené à faire l'examen de ma situation morale dans le présent aussi bien que dans le passé.
«En commençant cette lettre, je vous ai promis une entière franchise et une absolue sincérité; je dois donc, quant à cette position morale, entrer dans des détails qui, jusqu'à un certain point, seront des aveux.