Madame d'Ardisson, qui l'observait, remarqua très bien l'effet qu'elle avait produit.
—Vous ne me croyez pas? dit-elle.
—Pourquoi ne vous croirais-je pas?
—Je n'en sais vraiment rien, car rien n'est plus explicable que ce mariage entre deux êtres qui semblent faits l'un pour l'autre: le colonel est un homme charmant malgré l'excentricité de sa tenue, et Carmelita est la belle des belles. Ils devaient s'aimer, cela était écrit et cela s'est réalisé: il paraît qu'ils s'adorent. En tous cas, le certain est qu'ils s'épousent.
Il fallait bien dire quelque chose.
—Et pour quand ce mariage? demanda madame de Lucillière d'une voix qu'elle tâcha d'affermir.
—Ah! cela je n'en sais rien, car ce n'est ni le colonel ni le prince Mazzazoli qui m'ont donné cette nouvelle; je la tiens d'une personne tierce, en qui j'ai toute confiance et qui a vu, de ses yeux vu, ce qui s'appelle vu, la lettre par laquelle le colonel Chamberlain demande au prince Mazzazoli la main de sa nièce, mademoiselle Carmelita Belmonte. Le mariage n'est donc plus douteux, seulement j'ignore la date; il est même probable que cette date vous la connaîtrez avant moi. Vous avez avec le colonel Chamberlain des relations beaucoup plus intimes que personne à Paris, et sa première visite sera assurément pour vous. Mais, grâce à mon indiscrétion, vous ne serez pas surprise. Vous ne me remerciez pas?
—Au contraire; mais j'attendais que vous eussiez fini, afin de vous remercier une bonne fois pour toutes.
Puis, après quelques paroles insignifiantes, madame d'Ardisson regagna vivement sa loge, et, se plaçant dans l'ombre de manière à se cacher autant que possible, elle braqua sa lorgnette sur madame de Lucillière.
Elle s'était observée pendant cet entretien, dont toutes les paroles portaient; maintenant, sans doute qu'elle se croyait libre elle allait se livrer....