—L'arrivée du prince Mazzazoli et de mademoiselle Belmonte a du égayer cette sombre humeur?

—C'est avec plaisir que je les ai vus arriver; aussi j'ai tout fait pour les installer au Glion, ce qui n'a pas été facile.

—Le colonel ne leur avait pas retenu un appartement?

—Mais mon colonel ne savait pas qu'ils devaient venir en Suisse, et même, s'il l'avait su, il aurait quitté le Glion; c'est ce qu'il a voulu faire, quand il a appris leur arrivée.

—Et peu à peu il s'habitua à la présence de Carmelita?

—Cette présence lui fit du bien. Malgré lui il fut obligé de parler, de se distraire; il mangeait à la même table que le prince.

—Et que Carmelita?

—Mademoiselle Belmonte l'accompagnait souvent dans ses excursions. Elle marche très bien, mademoiselle Belmonte, et les ascensions ne lui font pas peur; elle n'est pas comme son oncle, qui, j'en suis sûr, n'a pas fait cent mètres au delà du jardin de l'hôtel.

—C'était en tête à tête que le colonel et Carmelita faisaient ces excursions; cela a duré longtemps, c'est-à-dire ce séjour s'est prolongé?

—Oui, assez longtemps. Mais tout à coup, sans que rien le fasse prévoir, mon colonel a quitté le Glion. La veille, par une journée d'orage terrible, le colonel et mademoiselle Carmelita avaient fait une longue course dans la montagne, et ils n'étaient rentrés à l'hôtel que le soir tard. Le lendemain matin, au petit jour, mon colonel partait, sans prévenir personne, sans même me laisser un mot. Nous voilà tous bien inquiets. Le prince voulait qu'on fît des recherches dans la montagne, craignant un accident; moi, j'en ai fait au chemin de fer, et j'ai appris que mon colonel était parti pour Genève. Les jours s'écoulèrent, il ne revint pas; il n'écrivait pas, ni au prince, ni à moi.