—J'attendrai ici, dit-elle.

Elle s'assit sur un fauteuil, tandis qu'Horace arrangeait les lampes.

—Il y a une question que je n'ai pas encore pu vous faire, dit-elle: comment se porte le colonel?

—Bien, madame la marquise.

—Il n'a pas été souffrant, à son arrivée en Suisse?

—Souffrant, non pas précisément, cependant il n'était pas à son aise.

—Se plaignait-il?

—On pourrait mettre mon colonel sur un gril, avec un bon feu sous lui, le tourner et le retourner comme on a fait pour saint Laurent, il ne se plaindrait pas. Du reste, madame la marquise l'a vu à Chalençon, elle l'a soigné, et elle sait mieux que personne si ce beau coup de couteau qui lui avait fendu la poitrine lui a jamais arraché une plainte.

—Alors à quoi avez-vous vu qu'il n'était pas dans son état ordinaire? Vous avez pu vous tromper.

—J'aime mon colonel comme s'il était mon enfant: je ne me suis pas trompé. Il ne mangeait pas, il ne dormait pas, et toujours il restait absorbé comme s'il suivait la même pensée; toujours, c'est-à-dire tant que je le voyais, car il passait ses journées entières à faire des courses dans les montagnes et souvent même il ne rentrait pas, couchant dans une grange ou un chalet.