Mais tandis que Robert, seul derrière sa porte close, avait pu suivre librement ses pensées, elle avait dû, elle, faire d'abord bon visage à ses convives jusqu'au départ du dernier, puis à ses enfants qui étaient venus l'embrasser dans sa chambre et causer affectueusement quelques instants avec elle, puis enfin à son mari lui-même qui, grisé de bonheur après cette belle journée, s'était laissé aller à de longs épanchements.

Il avait fallu qu'elle l'écoutât, qu'elle lui répondit, qu'elle partageât sa joie, sans laisser paraître l'angoisse qui la dévorait, sans même pouvoir parler de fatigue: ce n'était pas seulement un chagrin, des inquiétudes qu'elle devait lui épargner, c'était ses soupçons qu'il importait avant tout de ne pas provoquer.

Enfin elle avait été libre: libre de s'abandonner et de déposer le sourire qu'elle avait mis sur son visage, libre de penser, de réfléchir, de chercher.

Qu'allait-elle faire?

Ce coup qui la frappait au moment où elle s'y attendait si peu, la jetait hors d'elle-même et lui enlevait le calme et la décision qu'elle avait toujours eus; encore dans le rêve qu'elle venait de faire, elle ne pouvait pas s'habituer à la réalité: était-ce possible?

Et machinalement elle se répétait:

«Trois cent mille francs, trois cent mille francs;» elle devait trois cent mille francs, et il fallait qu'elle les payât avant le samedi, ou bien La Parisière les demandait à son mari.

Car sur ce point elle voyait clair et ne se berçait point d'illusions: si elle ne payait pas, La Parisière parlait; il n'y avait pas d'arrangements à prendre avec lui, il n'y avait pas à attendre, il fallait payer.

Devait-elle le laisser parler? Ou bien, prenant les devants, devait-elle se confesser à son mari?

Il lui semblait, dans son trouble, que c'était là la première question à examiner et à résoudre.