Et puis elle tenait à ses bijoux que pour la plupart elle n'avait même point portés, et qui étaient restés sans en être jamais sortis dans leurs écrins. Était-ce au moment où elle allait enfin pouvoir s'en parer franchement et les montrer à tous, les faire admirer la tête haute, sans s'exposer aux méchants propos, qu'elle pouvait s'en séparer? Quelle femme accomplirait un pareil acte d'héroïsme?

Pour elle, jamais elle n'en serait capable, et l'accomplît-elle dans un moment d'exaltation, les regrets et les remords de la réflexion empoisonneraient sa vie.

Il ne fallait donc pas qu'elle pensât ni à laisser parler La Parisière, ni à se confesser à son mari, ni à vendre ses valeurs, ni à vendre ses bijoux.

Et cependant il fallait qu'elle payât ces trois cent mille francs.

Comment?

Depuis qu'elle examinait ces terribles questions, il y avait un mot qui revenait sans cesse à son esprit, et qui malgré les efforts qu'elle faisait pour le chasser s'imposait quand même à son attention.

C'était celui que le père Ladret lui avait dit en la quittant, qu'elle avait entièrement oublié pendant la première partie du dîner et que maintenant elle se répétait machinalement, comme un refrain importun, qu'on veut oublier et qui revient quand même:

«Malgré tout, vous me retrouverez quand vous voudrez, parce que je suis à vous comme vous êtes à l'argent, et que je ne pourrai jamais me détacher de vous: je l'ai essayé; je n'ai pas pu.»

Il avait dit vrai en parlant d'elle: oui, elle était à l'argent, elle le reconnaissait, il fallait bien qu'elle le reconnût.

Avait-il dit vrai aussi, en parlant de lui; était-il, serait-il encore à elle?