—Du coup il est parti, s'écria Marcelle, bon voyage!

—Quand il reviendra, dit Fourcy, tu verras comme il sera aimable.

XXVIII

La dernière corvée que madame Fourcy s'était imposée était d'aller chercher les cent mille francs que Ladret lui avait promis. Elle eût bien voulu la retarder et rester à Nogent auprès de son mari; mais elle ne pouvait pas laisser passer le délai qu'elle avait fixé elle-même à Ladret. C'était pour le samedi qu'elle était censée avoir besoin de cet argent; elle ne pouvait donc pas attendre au lundi ou à un autre jour. Il lui eût demandé comment elle avait pu effectuer son payement sans le gros appoint qu'il lui apportait, et la réponse eût été difficile, sinon impossible. Et puis, il avait l'argent aux mains, et il fallait coûte que coûte mettre l'occasion à profit. Ce n'était pas avec lui qu'on pouvait dire que ce qui est différé n'est pas perdu.

Elle partit donc en promettant d'être absente aussi peu de temps que possible.

—Ne te presse pas, dit Fourcy, je suis bien, et je vais descendre au jardin où Marcelle me tiendra compagnie, tu ne me laisses pas seul.

Apres le départ de sa femme, il alla, comme il l'avait dit, s'installer dans le jardin. Le temps était à souhait pour un malade, ni trop chaud, ni trop frais, tempéré par une douce brise qui vivifiait l'air.

Il s'allongea dans un fauteuil, les pieds sur une chaise, et Marcelle, s'étant assise auprès de lui, reprit haut la lecture d'un livre qu'elle avait commencé le matin.

Soit que le livre ne fût guère amusant, soit que le grand air produisît un effet assoupissant sur lui, au bout d'un certain temps, il s'endormit.

Marcelle lut encore quelques instants, puis elle baissa la voix progressivement, puis enfin elle se tut.