C'est-à-dire qu'elle serait perdue.

Et cela au moment même où elle allait enfin pouvoir jouir de la vie qu'elle avait toujours souhaitée.

Cela était invraisemblable, absurde, inique, odieux, une infamie, une monstruosité et cependant cela était ainsi.

Heureusement Robert n'était pas en France, on ne pouvait pas l'interroger, le faire parler, l'amener à se trahir, et elle avait au moins le temps d'envisager froidement la situation et de chercher les moyens pour en sortir à son avantage.

Elle avait donc réfléchi, elle avait donc cherché, mais elle n'était arrivée qu'à cette conclusion désespérante qu'elle ne pouvait rien, puisqu'elle ne savait même pas où il était.

Elle avait habilement interrogé Lucien, mais celui-ci, depuis la dépêche de Dieppe, n'avait rien reçu, et il ne savait pas où pouvait se trouver son camarade, qui, depuis son brusque départ, n'avait donné de ses nouvelles à personne.

Alors, elle avait fait causer son mari pour apprendre de lui si M. Charlemont recevait des lettres de Robert. mais M. Charlemont ignorait complètement ce que son fils était devenu.

Et avec toutes sortes de précautions et de réticences, Fourcy avait avoué à sa femme, car il n'avait pas de secret pour elle, que cette disparition de Robert, loin d'être un chagrin pour M. Charlemont, lui était un soulagement.

—Croirais-tu qu'il soupçonne Robert de m'avoir dérobé ce mandat; j'ai eu beau lui expliquer, lui prouver que c'était impossible, il le soupçonne. Et pour justifier ce soupçon il s'appuie sur ce fait que la veille Robert était venu lui demander trois cent mille francs pour cette misérable femme qu'il aime… à la folie. Tu comprends qu'il ne peut y avoir là qu'une coïncidence fatale; mais aux yeux de M. Charlemont elle est écrasante pour son fils. Quant à moi, je ne partagerai jamais ces soupçons, jamais; Robert est un garçon passionné, exalté, qui peut aller loin poussé par la passion, mais jamais jusqu'au crime. Et toi, qu'en penses-tu?

—Je pense que ces soupçons ne reposent sur rien, si ce n'est sur la colère d'un père justement indigné par la conduite de son fils.