—Et vous croyez donc qu'on ne la découvrirait pas facilement quand vous auriez parlé? Que vous confessiez la vérité pour vous, pour vous seul, je le comprendrais: en réalité ceci se passerait entre votre père et vous; et la justice n'a pas à s'occuper d'un fils qui prend de l'argent à son père. Mais vous imaginez-vous que quand vous aurez avoué que c'est vous qui avez dérobé ce mandat et touché ces trois cent mille francs, tout sera fini? Ne comprenez-vous pas qu'on vous demandera à quoi vous avez employé cette somme?
—Je ne le dirai pas.
—Pour qui?
—Je ne le dirai pas.
—Et ce sera précisément parce que vous ne le direz pas qu'on cherchera avec plus d'acharnement à le savoir. On remontera dans votre vie: on la suivra jour par jour, heure par heure, et il ne sera pas difficile d'arriver à moi. Alors que se passera-t-il? Avez-vous pensé à cela?
—J'ai pensé à Lucien.
—Comment voulez-vous que je puisse me défendre quand vous aurez avoué? cet aveu vous le ferez pour vous en même temps que pour moi. Est-ce cela que vous voulez?
—Je veux que Lucien ne souffre pas pour moi et par ma faute.
—Mais ne souffrira-t-il pas plus si vous parlez que si vous vous taisez?
—J'aurai fait mon devoir.