—Mon cher enfant, je vous félicite d'être revenu, et bien sincèrement, de tout coeur, vous pouvez m'en croire.
Et il lui donna une chaude poignée de main, bien que Robert se prêtât peu à cet épanchement.
Se méprenant sur cette réserve, Fourcy crut qu'il devait s'expliquer.
—Si vous connaissiez mieux le monde et la vie, dit-il, vous sauriez qu'il y a partout des envieux et des malveillants qui mettent leur plaisir à croire le mal et à l'inventer quand il n'existe pas. C'est ainsi qu'on a incriminé votre brusque départ qui, par une coïncidence fâcheuse, a eu lieu le jour même où nous étions victimes de ce vol de trois cent mille francs, de sorte qu'il s'est trouvé des misérables pour,—je ne dirai pas croire,—mais pour insinuer que vous pouviez bien ne pas être étranger à…
Il allait dire vol, mais il se retint; pouvait-on se servir de ce mot en parlant d'un Charlemont?
—Oui, mon enfant, dit-il, en continuant, il y a eu des gens assez niais, assez indignes pour cela, c'est ce qui fait que je suis si heureux de votre retour qui va mettre fin à ces calomnies absurdes. Vous n'aurez qu'à paraître et tout sera fini.
Alors lui prenant le bras affectueusement:
—Ce n'est pas là mon seul motif de contentement, j'en ai un autre… d'espérance au moins, et que vous allez, je l'espère, confirmer d'un mot, d'un seul, car je ne veux pas vous adresser des questions indiscrètes que mon amitié ne se reconnaît pas le droit de vous poser: c'est fini, n'est-ce pas? Votre retour l'indique.
A ce moment madame Fourcy, inquiète de ce tête-à-tête et surtout de la contenance embarrassée de Robert, appela son mari:
—Le déjeuner est servi, dit-elle, tu oublies que M. Robert a passé la nuit en wagon et qu'il doit être mort de faim.