—Je ne parle pas à la légère: ni pour M. Charlemont qui ne désire rien tant que garder votre père et Lucien, ni pour le marquis Collio que je viens de voir. Si je disais à Marcelle qu'il n'a pas été ébranlé dans ses intentions par ce qui s'est passé, je ne serais pas sincère; mais il a compris la situation, et si vous restez à Paris près de votre mère qui se trouvera ainsi protégée contre la flétrissure que le monde m'infligerait dans le cas où vous m'abandonneriez; si d'autre part il peut espérer que cette séparation entre votre père et moi n'est que passagère, il persiste dans sa demande et dans un mois j'ai la joie, chère fille, de donner une dot d'un million à ton mari en signant ton contrat de mariage. Il est bien entendu que le jour où Lucien se mariera, il aura la même dot. Voilà ce que vous pouvez. Vous voyez que votre bonheur, celui de votre père, et le mien est entre vos mains.
Comment auraient-ils résisté à de pareils arguments?
Aussi n'y résistèrent-ils point.
Mais le difficile pour eux était de demander à leur père de ne pas partir avec lui.
Ce fut à chercher ce moyen qu'ils employèrent le temps de leur retour près de lui.
Enfin il fut décidé que ce serait Marcelle qui prendrait la parole, la demande d'Evangelista lui donnant une ouverture.
—Sais-tu, père, que tu avais mal jugé le marquis Collio, dit-elle, rouge de confusion et tremblante d'anxiété.
—Comment cela?
—Il persiste dans son projet de mariage… si… nous restons à
Paris… près de maman.
Lucien lui vint en aide, et acheva ce qu'elle n'avait plus la force de dire.