—Veux-tu que je t'aide? demanda Marcelle.
—J'ai besoin de toi.
—Tu sais, dit madame Fourcy s'adressant à son mari en riant, que si tu veux accompagner les enfants, je tiendrai compagnie à M. Ladret.
—Oh! maman, quel courage tu as! dit Marcelle.
Tout en parlant ainsi, ils étaient descendus de voiture et pendant ce temps, M. Ladret, qui s'était levé et qui avait remis son chapeau, s'était dirigé vers eux, marchant lourdement, mais gravement, avec importance, en homme qui a la conscience de ce qu'il vaut.
Et ce qu'il valait ou plutôt ce que valait sa fortune, car pour lui il ne valait pas cher, c'était cinq ou six cent mille francs de rente qu'il avait gagnés dans les expropriations et des démolitions de la Ville de Paris, et qui selon son sentiment devaient lui tenir lieu de ce qui lui manquait, c'est-à-dire de la jeunesse, de l'éducation, de la politesse, de l'esprit, de la bonté, de la générosité,—ce qui lui faisait dire bien souvent d'un ton sentencieux, avec la conviction d'un homme qui n'a jamais reçu de démenti:—«Quand on a le sac, on a tout.»
Et le sac, il l'avait d'autant mieux rempli qu'il ne l'ouvrait pas facilement, vivant seul, sans femme, sans enfants, sans famille et presque sans amis.
—Les amis, disait-il souvent, ça mange votre dîner en prenant toujours les meilleurs morceaux, et le soir lorsqu'ils s'en retournent à deux ou trois, ça vous écorche; je connais ça.
Il connaissait ça d'autant mieux que c'était ainsi qu'il procédait à l'égard de ceux qui voulaient bien l'inviter.