—Je vous ai dit tout à l'heure que la vie que vous m'aviez imposée me faisait horreur, mais je n'ai pas été franche jusqu'au bout, car j'aurais dû ajouter que vous aussi me faisiez horreur. Vous voulez que je vous le dise, vous me poussez à bout, vous m'outragez, je n'ai plus à vous ménager, vous qui m'avez perdue, vous que je hais et que je méprise parce que vous m'avez fait la femme que je suis depuis dix ans et que je ne veux plus être!
—Ai-je été à vous, ou bien êtes-vous venue à moi?
—Oui, j'ai été à vous, cela est vrai, j'y ai été parce que vous étiez riche et surtout parce que je vous croyais un honnête homme.
—Vous êtes venue parce que vous vouliez de l'argent.
—Et pourquoi le voulais-je, cet argent?
—Pour payer vos pertes à la Bourse.
—Et comment les avais-je faites, ces pertes?
—Que m'importe?
—Il m'importe à moi: voyant que l'honnête homme qui était mon mari et que j'aimais ne voulait pas faire d'affaires, j'ai cru que je pourrais en faire, moi, et que je gagnerais sûrement en profitant des renseignements ou des indiscrétions que j'entendais autour de moi. Il est arrivé un jour où au lieu de gagner j'ai perdu. Il fallait payer, je ne le pouvais pas. J'ai eu alors l'idée funeste de m'adresser à vous parce que, je vous l'ai dit, je vous savais riche et parce que je vous croyais un honnête homme, et puis aussi parce que vous étiez un vieillard. Vous m'avez répondu que vous ne prêtiez pas à une femme, mais que vous lui donniez, quand elle voulait être gentille; c'était votre mot, il y a dix ans, comme c'est votre mot encore. Je me suis sauvée.
—Et vous êtes revenue.