— Quelle question idiote ! Un homme de 1,75 m avec plus de muscles que de bon sens ! Je pèse…

— Il ne s’agit pas de toi. Tu sais très bien à qui je parle. Pas à toi, à l’autre…

— C’est une devinette ?

— Inutile de jouer la comédie. Ne fais pas semblant de ne pas comprendre.

— C’est pourtant la pure vérité.

— Tu sais que je t’étudie depuis que tu es fixé à ce singe. Je sais plusieurs choses qui me donnent un avantage sur toi. »

Il commença à les compter sur ses doigts.

« Tu n’es pas immortel, et d’un. Tu es susceptible de souffrir, et de deux. Tu n’aimes pas les décharges électriques, tu ne peux pas supporter un degré de chaleur dont les hommes s’accommodent et tu es complètement impuissant sans ton porteur, et de trois. Si je t’enlevais de celui où tu es en ce moment, tu mourrais. Tu n’as pas d’autres pouvoirs que ceux que tu lui empruntes. Et de quatre. Or ton porteur actuel est réduit à l’impuissance. Essaie de te libérer, pour voir. Il va falloir te montrer conciliant – ou mourir. Tu as le choix. »

J’avais déjà éprouvé la solidité de mes liens. Comme je m’y attendais, je constatai que je ne pouvais me libérer. Mais cela ne m’inquiétait pas trop. Chose bizarre, j’étais assez satisfait d’avoir retrouvé mon « maître », de ne plus éprouver de tensions, d’inquiétudes personnelles. Mon devoir était de servir coûte que coûte, et c’était tout. Un des colliers qui m’immobilisaient les chevilles semblait un peu moins serré que les autres. Peut-être pourrais-je parvenir à y faire passer tout mon pied… Je vérifiai les liens de mes bras. Peut-être qu’en me décontractant bien…

Un ordre me parvint aussitôt – ou si vous préférez, je pris une décision. Cela revient au même : il n’y avait aucun conflit de volontés entre mon « maître » et moi qui ne faisions qu’un. Quoi qu’il en soit, je compris que le moment n’était pas venu de tenter de m’évader. Je parcourus la pièce des yeux, essayant de deviner qui pouvait être armé. J’estimai que le Patron devait être seul dans ce cas : cela améliorait mes chances.