Quelque part, tout au fond de moi, j’éprouvais ce sentiment douloureux, fait de culpabilité et de désespoir, que seuls connaissent les esclaves des « maîtres », mais j’étais bien trop occupé pour y faire attention…
« Alors ? poursuivit le Patron. Veux-tu répondre, ou préfères-tu souffrir ?
— Répondre à quoi ? Jusqu’à présent vous n’avez dit que des sottises.
— Passez-moi l’électrode », dit le Patron en se tournant vers un technicien.
Occupé que j’étais à éprouver mes liens, je ne ressentais aucune appréhension. Si je parvenais à lui inspirer la tentation de mettre son arme à portée de ma main – en admettant que je parvienne à me dégager un bras – alors, je pourrais…
Il me toucha la région des épaules avec une baguette métallique et je sentis une douleur atroce. La pièce s’obscurcit comme si l’on avait coupé net l’électricité. J’eus l’impression d’avoir été déchiré en deux. Momentanément, je restai sans « maître ».
La douleur se dissipa, ne laissant derrière elle qu’un cuisant souvenir. Avant que je puisse me remettre à penser de façon cohérente, le dédoublement que je sentais avait cessé, et je me retrouvai sous l’emprise de mon « maître ». Mais pour la première et unique fois depuis que je le servais, je n’étais pas sans inquiétude. Un peu de son angoisse, de sa panique, m’avait été transmis.
« Alors, demanda le Patron, ça te plaît ? »
Ma panique se dissipa. De nouveau je me sentais rempli d’un bien-être insouciant ; je restais pourtant sur le qui-vive. Mes poignets et mes chevilles, qui avaient commencé à me faire mal, cessèrent de m’incommoder.
« Pourquoi avez-vous fait cela ? demandai-je. Vous pouvez me faire souffrir, c’est évident, mais pourquoi ?