— Non ! Mon chef hiérarchique relève directement du Président. »
Le sénateur sourit. « C’est bien ce que je pensais. Dites-moi, monsieur Nivens, vous êtes bien acteur, n’est-il pas vrai ? » Il semblait consulter des notes.
Je voulus trop préciser. Je voulais lui expliquer que s’il était exact que j’aie joué la comédie pendant une saison, dans une troupe de province, je n’en étais pas moins un authentique agent de renseignements. On ne m’en laissa pas la possibilité.
« Ce sera tout, monsieur Nivens. Je vous remercie. »
L’autre question me fut posée par un vieux sénateur qui désirait savoir mes opinions relativement à l’emploi de fonds budgétaires pour le réarmement de pays étrangers. Il en prit prétexte pour exprimer ses propres vues sur la question. Mes opinions sur ce point sont assez confuses, mais je n’eus pas à les exprimer. Je n’avais pas ouvert la bouche qu’on m’invitait déjà à quitter la barre.
Je m’y accrochai. « Écoutez-moi, dis-je. Il est évident que vous croyez qu’il s’agit d’un coup monté. Mais en ce cas, pour l’amour du Ciel, faites venir un détecteur de mensonges ! Ou faites-moi administrer du sérum de vérité. Cette séance est une plaisanterie. »
Le Président frappa la table de son maillet. « Reprenez votre place, monsieur Nivens », ordonna-t-il.
J’obéis.
Le Patron m’avait expliqué que le but de la séance était d’étudier une résolution interparlementaire déclarant l’état d’urgence et donnant au Président les mêmes pouvoirs qu’en temps de guerre. Nous fûmes expulsés avant le vote. « Ça va mal, dis-je au Patron.
— Ne t’en fais pas, me dit-il. Le Président a compris que cette procédure était vouée à l’échec dès qu’il a su les noms des membres de la commission.