Le maréchal Rexton n’était pas non plus un endormi. À eux deux ils travaillèrent toute la nuit, après s’être convaincus par d’autres sondages dans des régions notoirement infectées que les incidents techniques ne peuvent pas se produire si souvent, ni avec autant d’à-propos. Vers quatre heures du matin, ils appelèrent le Patron et le Patron m’appela.
Je retrouvai dans la même pièce Martinez, Rexton, deux grosses huiles de l’État-Major et le Patron. Le Président entra au moment où j’arrivais ; il était vêtu d’une robe de chambre et suivi de Mary. Martinez allait parler, mais le Patron lui coupa la parole : « Montrez-nous votre dos, Tom », dit-il.
Mary lui fit signe que tout était normal, mais le Patron fit mine de ne pas le voir. « Je parle sérieusement, insista-t-il.
— Vous avez raison », dit lentement le Président.
Il ôta sa robe de chambre. Son dos était nu. « Si je ne donnais pas l’exemple, remarqua-t-il, comment pourrais-je demander aux autres de nous prêter leur concours ? »
Martinez et Rexton avaient planté des épingles dans une grande carte : des épingles rouges aux endroits infestés, des vertes aux endroits sains et quelques jaunes dans les cas douteux. L’Iowa semblait avoir la rougeole ; La Nouvelle-Orléans et la région de Teche ne valaient pas mieux. Il en était de même pour Kansas-City. Le haut du bassin Missouri-Mississippi, de Minneapolis et Saint-Paul jusqu’à Saint-Louis était clairement aux mains de l’ennemi. Plus bas, jusqu’à La Nouvelle-Orléans les épingles rouges étaient moins nombreuses, mais il n’y en avait pas du tout de vertes. Il y avait un coin malsain autour d’El Paso et deux autres sur la côte est.
Le Président y jeta un coup d’œil. « Il nous faudra l’aide du Canada et du Mexique, dit-il. Vous avez des nouvelles fraîches ?
— Rien d’intéressant.
— Le Canada et le Mexique ne seront qu’un début, dit gravement le Patron. Il vous faudra le concours du monde entier.
— Ah oui ? dit Rexton. Et la Russie, qu’en faites-vous ? »