— Sam, je ne crois pas que vous soyez mûr pour le mariage.

— Parlez plutôt pour vous !

— Ne vous fâchez pas, mon chéri. Je suis à votre disposition avec ou sans contrat, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment. Mais vous ne me connaissez pas encore. Il vaut mieux que nous fassions plus ample connaissance ; vous risquez de changer d’avis.

— Je n’ai pas l’habitude de changer d’avis. »

Elle leva les yeux vers moi, puis les détourna avec tristesse. Je me sentis monter le sang aux joues.

« L’incident auquel vous pensez était tout à fait exceptionnel, protestai-je. Il n’a aucune chance de se reproduire. Ce n’était pas moi qui parlais, c’était…

— Je sais, Sam, interrompit-elle, mais vous n’avez pas besoin de vous défendre : je ne vous laisse pas tomber et je vous fais confiance. Emmenez-moi avec vous pour un week-end. Ou mieux encore, venez vous installer chez moi. Si l’épreuve m’est favorable, il sera toujours temps pour vous de faire de moi ce que nos grand-mères appelaient, Dieu sait pourquoi, une honnête femme. »

Je dus prendre un air grognon. Elle posa sa main sur la mienne. « Regardez la carte, Sam », me dit-elle avec un grand sérieux.

Je tournai la tête. Aussi rouge, plus rouge que jamais, la zone dangereuse s’était élargie autour d’El Paso. « Attendons d’en avoir d’abord terminé avec cela, mon chéri, dit-elle. Après, si vous en avez toujours envie, vous me redemanderez en mariage. D’ici là vous pourrez profiter de tous les avantages du mariage, sans en avoir les responsabilités. »

On ne pouvait se montrer plus généreux. Le malheur, c’était que je ne voulais pas que les choses tournent ainsi. Pourquoi un homme qui a toujours fui le mariage comme la peste se persuade-t-il tout à coup que rien d’autre ne peut lui convenir ?