Quand la conférence fut terminée, le Patron me mit le grappin dessus et m’emmena faire un tour. Mais oui, un tour ! Nous n’allâmes cependant pas plus loin que le banc du monument Baruch. Il s’y assit, tripota sa pipe et fronça le sourcil. Il faisait une de ces chaleurs humides comme on n’en voit qu’à Washington, et le parc était presque désert.

« L’opération “Choc en retour” commencera à minuit, m’apprit-il. Nous faisons une descente sur toutes les stations relais, tous les postes de radio, toutes les salles de rédaction et tous les bureaux télégraphiques de la zone rouge.

— Ça promet, dis-je. Combien d’hommes aurez-vous ? »

Il ne me répondit pas. « Ça ne me plaît pas du tout, se contenta-t-il d’ajouter.

— Pourquoi ?

— Comprends-moi bien, petit : le Président a lancé son message à la stéréo et a dit à tout le monde d’ôter sa chemise. Or, nous avons constaté que le message n’avait pas touché les territoires contaminés. Quelle est l’étape suivante ? »

Je haussai les épaules. « L’opération “Choc en retour” je présume, dis-je.

— Elle n’a pas encore eu lieu. Réfléchis bien. Cela fait plus de vingt-quatre heures que le discours du Président a été retransmis. Qu’aurait-il dû se passer qui ne s’est pas passé ?

— C’est une devinette ?

— À laquelle tu devrais pouvoir répondre si tu veux être capable de te débrouiller tout seul un jour. Tiens, dit-il en me tendant une clé, pars en éclaireur à Kansas City et jette toi-même un coup d’œil. Évite les postes de communication, les flics et… oh, et puis tu les connais après tout. Observe bien tout et ne te fais pas prendre. »