Il regarda son doigt. « Sois de retour une demi-heure avant minuit, conclut-il. Grouille.
— Pour étudier toute une ville, on peut dire que vous me laissez du temps, gémis-je. Il me faut déjà trois heures rien que pour y aller.
— Plus de trois heures, rectifia-t-il. Ne te fais pas repérer en récoltant une contravention pour excès de vitesse.
— Vous savez bien que je conduis très prudemment.
— Dépêche-toi. »
C’est ce que je fis. La clé était celle de l’autavion que nous avions pris pour revenir. J’embarquai au quai de départ de Rock Creek. Il n’y avait que peu de circulation et j’en fis la remarque au dispatcher. « Les transports en commun et les cargos sont retenus à terre, me dit-il. C’est à cause de l’état d’urgence… Vous avez une autorisation militaire ? »
J’aurais pu en obtenir une en téléphonant au Patron, mais il n’aime pas qu’on l’embête avec des broutilles.
« Vérifiez ma clé », lui dis-je seulement.
En haussant les épaules il la glissa dans son appareil de contrôle. J’avais deviné juste car il leva les sourcils. « Eh bien, mon vieux, dit-il avec admiration, vous devez être bien avec le Président ! »
Une fois en l’air, je branchai le pilote automatique sur Kansas City, à la vitesse maximale autorisée, et m’efforçai de réfléchir. L’écran radar se piquetait de petits points lumineux chaque fois que je passais d’une zone de contrôle à une autre, mais aucun visage ne paraissait sur l’écran de stéréo. La clé du Patron devait constituer un sauf-conduit pour tout le parcours, et cela malgré l’état d’urgence. Je commençais à me demander ce qui se passerait quand je pénétrerais dans la zone rouge. Je comprenais tout à coup ce qu’il avait voulu dire en parlant de l’« étape suivante ».