Je décidai de ne pas arriver par air. Je ne tenais pas à me voir contraint de passer avec mon autavion dans un système de contrôle. Je n’aime pas les tunnels en cas de coup dur – ni les ascenseurs des quais d’envol. On peut trop facilement s’y faire coincer. À vrai dire j’aurais préféré ne pas entrer du tout dans la ville.

Je me posai sur la route 40 et arrivai au poste de péage de Meyer Boulevard. Une longue file de véhicules attendait déjà. Dès qu’un autre autavion se fut posé derrière moi, j’eus l’impression d’être définitivement épinglé. Mais le péager perçut la taxe d’entrée sans même me regarder. Je lui jetai un rapide coup d’œil, mais je ne pus savoir avec certitude s’il était ou non possédé.

Je passai la barrière avec un soupir de soulagement, mais je me trouvai aussitôt arrêté de nouveau. Une grille s’abaissa devant moi et j’eus tout juste le temps de stopper. Un flic passa sa tête à la portière. « Contrôle de sécurité, dit-il. Descendez. »

Je protestai avec véhémence.

« La municipalité a organisé une semaine de sécurité aérienne, m’expliqua-t-il. Voici votre ticket. Vous retrouverez votre autavion de l’autre côté de la grille. Descendez et passez par ici. »

Il me montrait une porte d’un banal bâtiment, le long du trottoir.

« Qu’est-ce que ça signifie ?

— On va vérifier votre vue et vos réflexes. Dépêchez-vous vous retardez les autres. »

Mentalement je revis la carte où Kansas City brillait d’un beau rouge. Que la ville fût aux mains des larves, j’en étais sûr. Donc ce flic trop poli était presque sûrement possédé. Mais à moins de l’abattre et de décoller sur place, je ne pouvais qu’obéir. Je sortis en grommelant et me dirigeai lentement vers le bâtiment qu’il me désignait. C’était un baraquement provisoire, dont la porte n’était même pas automatique. Je la poussai du bout du pied et jetai un coup d’œil autour de moi avant d’entrer. Je vis une antichambre vide, et une porte au fond : « Entrez ! » me cria quelqu’un de la seconde pièce. J’obéis, toujours avec méfiance, et je vis deux hommes en blouse blanche dont l’un portait un casque d’oto-rhino sur la tête. « Nous n’en avons que pour une minute, me dit-il cordialement. Venez par ici. »

Il referma la porte par laquelle je venais d’entrer et j’entendis claquer le verrou.