Je lui redemandai où était la route. « Je peux appuyer sur le bouton de décollage ? » supplia-t-il.
Je lui expliquai que nous restions à terre. Il parut désappointé, mais condescendit à m’indiquer le chemin. Je conduisais prudemment, car mon autavion était très lourd pour le chemin de terre défoncé que nous suivions. Il me dit bientôt de tourner à gauche. Un peu plus loin, je m’arrêtai. « Alors, et cette route ? Tu veux une fessée pour me la montrer ? »
Il ouvrit la portière et sauta à terre.
« Hé là, pas si vite ! » criai-je.
Il se retourna. « C’est par là », consentit-il à me dire vaguement. Je suivis ses indications sans grand espoir de trouver une grand-route, mais la trouvai quand même à cinquante mètres de là. Ce sale petit morveux m’avait fait parcourir les trois côtés d’un carré !
Quand je dis une grand-route… Elle n’était même pas caoutchoutée ! Mais c’était quand même une route. Je la suivis en direction de l’ouest. L’un dans l’autre, j’avais perdu une bonne demi-heure.
Maçon, dans le Missouri, offrait un aspect trop normal pour être rassurant. Il était clair que personne n’y avait entendu parler du plan « Dos nu ». Je me demandai sérieusement si je ne ferais pas bien d’étudier la situation de la ville, mais je préférai faire demi-tour, pendant qu’il en était encore temps. Je n’osais pas m’enfoncer dans une région que je savais en possession des larves. J’avais terriblement envie de ficher le camp.
Mais le Patron avait dit : « Kansas City. » Je contournai donc Maçon et me posai sur un terrain d’atterrissage, à l’ouest de la ville. Là je fis la queue pour passer sur le quai de départ réservé au trafic local, et m’envolai vers Kansas City au milieu d’un flot d’hélicoptères et d’aérocamions de paysans. Je savais que je ne pourrais pas dépasser la vitesse locale tant que je serais dans cet État, mais c’était plus sûr que d’aller me fourrer dans le réseau à grande vitesse avec mon pilote automatique : mon signal d’identification me ferait repérer par chaque tour de contrôle. L’énergie était fournie automatiquement dans le réseau où je me trouvais ; il était probable que j’avais pu franchir la frontière du trafic local sans éveiller de soupçons.
CHAPITRE XVII
Kansas City n’avait pas été endommagé par les bombardements de la troisième guerre mondiale, sauf à l’est, du côté où était jadis Independence. En conséquence, la ville n’avait jamais été reconstruite. En venant du sud-est, on pouvait aller jusqu’à Swope Park. On pouvait, ensuite, soit parquer son véhicule, soit payer un péage pour entrer dans la ville proprement dite. Il était également possible d’arriver par air, de se poser sur les terrains du nord de la rivière et de pénétrer dans la ville par les tunnels, ou encore de se poser sur les quais du centre, au sud de Mémorial Hill.