— Voulez-vous m’écouter ? Je vais me poser, mais il faut que j’aie…»

Il coupa net, me laissant parler dans le vide.

La première explosion me parut se produire à beaucoup moins d’un kilomètre de moi. Je me posai.

Je cassai du bois, mais ne blessai ni mon passager ni moi-même. Je n’eus pas longtemps à attendre. Ils m’avaient pris dans un faisceau de projecteurs et fondaient sur moi avant que j’aie seulement pu constater que mon autavion était définitivement démoli. On m’arrêta, et je me retrouvai en présence du lieutenant-colonel de l’écran, en chair et en os cette fois. Il consentit à passer mon message après que ses psychotechniciens m’eurent donné l’antidote normalement consécutif à un examen au penthotal. Il était 1 h 13, heure de la zone 5 – et le plan « Choc en retour » était entré en application une heure treize minutes plus tôt.

Le Patron écouta mon rapport sommaire, grogna un peu et me dit de revenir le voir dans la matinée.

CHAPITRE XIX

Le plan « Choc en retour » fut le pire ratage de toute notre histoire militaire. Les lâchers de parachutistes avaient eu lieu à minuit juste, heure de la zone 5, sur plus de neuf mille six cents points de communication : bureaux de journaux, tours de contrôle, stations-relais, etc. Les commandos étaient constitués par l’élite de nos troupes-aéroportées, renforcées de techniciens chargés de la remise en marche de tous les centres de communications reconquis.

Le discours présidentiel devait être aussitôt diffusé par chaque station locale ; le plan « Dos nu » entrerait alors en application dans tout le territoire infesté, et la guerre serait finie. Il n’y aurait plus que des opérations de nettoyage à envisager.

À minuit vingt-cinq, les premiers rapports commencèrent à arriver, précisant que tel ou tel objectif était conquis. Un peu plus tard parvinrent des appels au secours venus d’autres objectifs. À une heure du matin, la plupart des réserves avaient déjà été engagées, mais l’opération semblait bien marcher – si bien que les chefs d’unité avaient déjà atterri et envoyaient leurs rapports du sol.

Ce fut la dernière fois qu’on entendit parler d’eux.