La zone rouge absorba la totalité des troupes engagées avec autant d’aisance que si elles n’avaient jamais existé. Nous avions mis en ligne plus de 11 000 appareils, 160 000 combattants et techniciens, 71 généraux, outre… À quoi bon insister ? Les États-Unis venaient de subir leur plus écrasante défaite militaire depuis Pearl Harbor. Je ne critique ni Martinez, ni Rexton, ni l’État-Major général, ni les pauvres bougres de parachutistes. Le programme d’opérations était basé sur ce qui semblait une image exacte de la situation et celle-ci exigeait une action rapide menée avec nos meilleurs éléments.

Il fallut, paraît-il, attendre le petit jour pour que Martinez et Rexton puissent se mettre dans la tête que les comptes rendus de victoire qu’ils avaient reçus étaient bel et bien des faux – des faux envoyés par nos hommes – (oui, nos hommes !) – capturés, possédés et enrôlés dans l’armée invisible des parasites. Après mon rapport, alors qu’il était déjà trop tard pour arrêter les raids, le Patron avait tâché de les convaincre de ne plus envoyer de renforts, mais leur succès leur avait monté à la tête, et ils voulaient donner un coup de balai général.

Le Patron demanda au Président d’exiger la confirmation par stéréo des rapports reçus, mais, du point de vue des communications, l’opération était dirigée par le satellite artificiel Alpha et on ne peut pas retransmettre à la fois les images et le son d’un satellite. « Ne vous en faites pas, avait dit Rexton. Dès que les stations locales seront reprises, nos hommes se serviront du réseau terrestre et vous aurez toutes les preuves visuelles que vous voudrez. »

Le Patron lui avait fait remarquer qu’il serait trop tard.

« Enfin, sacrebleu, avait tonitrué Rexton, voulez-vous faire tuer un millier de nos hommes, rien que parce que vous avez les foies ? »

Le Président avait donné raison à Rexton.

Au matin, ils les avaient eues, leurs preuves visuelles ! Les stations du centre du pays continuaient à débiter leur guimauve habituelle, de « Réveil en musique », de « Petit déjeuner avec les Brown », etc. Aucun poste n’avait retransmis le message du Président, aucun ne faisait allusion à ce qui s’était passé au cours de la nuit. Vers quatre heures du matin, les dépêches militaires avaient cessé d’arriver, et les appels désespérés de Rexton restèrent sans réponse. La force combinée « Rédemption » avait cessé d’exister : spurlos versenkt!

Je ne pus voir le Patron que vers les onze heures du matin. Il me laissa lui faire mon rapport sans commentaires ; il ne m’engueula même pas, ce qui était pire.

« Et mon prisonnier ? dis-je au moment où il allait me congédier. A-t-il confirmé mes conclusions ?

— Lui ? Il n’a pas encore repris connaissance. On ne croit pas qu’il vivra.