— J’aimerais bien le voir.
— Ne te mêle pas de ce que tu ne connais pas.
— Bon. Vous avez quelque chose à me donner à faire ?
— Je crois qu’il vaudrait mieux… et puis non, tiens, va donc au zoo. Tu y verras des choses qui jetteront un jour nouveau sur ce que tu as observé à Kansas City.
— Hein ?
— Demande le docteur Horace, le sous-directeur. Dis-lui que c’est moi qui t’envoie. »
Horace était un brave type qui ressemblait à un de ses babouins. Il me confia à un certain docteur Vargas, un spécialiste en biologie exotique qui avait été attaché à la deuxième expédition sur Vénus. Il me fit voir où ils en étaient. Si le Patron m’avait emmené au jardin zoologique national au lieu de s’installer sur un banc du parc le jour où il m’avait envoyé à Kansas City, je n’aurais pas eu besoin de bouger. Les dix parasites que nous avions capturés au Congrès plus deux autres pris le lendemain, avaient été envoyés au zoo pour y être placés sur des anthropoïdes ; surtout des chimpanzés et des orangs-outans. On n’avait évidemment pas utilisé de gorilles !
Le directeur avait fait enfermer les singes dans l’infirmerie du zoo. Deux chimpanzés, nommés Héloïse et Abélard, occupaient la même cage. Ils formaient depuis toujours un couple uni, et on n’avait pas jugé utile de les séparer. C’est là du reste un bon exemple des difficultés psychologiques auxquelles nous nous heurtions dans notre lutte contre l’envahisseur : les biologistes qui avaient transplanté les larves ne pouvaient s’empêcher de continuer à voir dans leurs sujets des singes et non des extraterrestres.
La cage suivante abritait toute une famille de gibbons tuberculeux. On ne s’en était pas servi comme porteurs parce qu’ils étaient malades et il n’y avait pas de communication entre les cages que séparaient des panneaux coulissants, chacune ayant son conditionnement d’air indépendant. Le lendemain matin on constata que le panneau avait été ouvert et que les gibbons et les chimpanzés se trouvaient ensemble. Abélard, ou Héloïse, avait trouvé le moyen de faire jouer le mécanisme de la serrure. Celle-ci était censée être à l’épreuve des singes, mais elle n’avait pu résister à l’association singe-parasite.
On avait eu, au départ, cinq gibbons, deux chimpanzés et deux extraterrestres mais le lendemain matin il y avait sept singes possédés par sept extraterrestres.