« Le petit Abel ? demanda le gardien.
— Non, j’en veux un qui n’ait pas de parasite. Voyons… tenez, prenez Rougeaud.
— Oh ! docteur, dit le gardien, ne lui faites pas ça. Pauvre Rougeaud !
— Ça ne lui fera pas de mal.
— Pourquoi pas Satan ? Il est déjà mauvais comme une gale !
— Si vous voulez, mais dépêchez-vous ! »
Ils amenèrent donc Satan, un chimpanzé noir comme du jais. En temps normal, il était peut-être agressif mais pour le moment il ne le montrait guère. Ils le jetèrent dans la cage. Il se recroquevilla contre la porte et se mit à gémir. J’avais l’impression d’assister à une exécution capitale. J’étais pourtant maître de moi (on s’habitue à tout) mais l’hystérie du singe était contagieuse. J’aurais voulu fuir.
Les singes possédés commencèrent par dévisager Satan, comme un jury regarde son condamné. Cela dura un long moment. Les gémissements de Satan devinrent un grognement sourd, et il se cacha la tête dans ses mains. « Regardez, docteur, dit Vargas.
— Quoi ?
— Lucy, la vieille femelle. Là…»