— Dans ce cas je sais ce qu’il vous faut. Adressez-vous donc au vieux docteur Chamleigh. Vous aurez un service inter-confessionnel et le meilleur accompagnement stéréo de toute la ville, sur quatre murs, avec un orchestre complet. Tout le grand jeu, rites de fertilité compris, et tout. Ça a beaucoup de classe. Et vous aurez droit à une petite allocution paternelle, par-dessus le marché. Avec ça, on se sent vraiment mariés.
— Non ! »
Cette fois-ci c’était moi qui avais protesté.
« Allons, voyons, dit l’employé, pensez un peu à madame. Si elle tient la parole qu’elle vient de donner, elle n’aura jamais une autre occasion de connaître ça. Toute femme a droit à une cérémonie de mariage. Je vous jure que je ne touche pas une bien grosse commission.
— Pouvez-vous nous marier, oui ou non ? dis-je. Allez-y alors, sortez-en. »
Il parut surpris. « Comment, vous ne le saviez pas ? Dans l’État où nous sommes, on se marie soi-même. Vous êtes mariés depuis l’instant où vous avez apposé vos empreintes digitales sur le contrat. »
Je dis « Oh », Mary ne dit rien et nous sortîmes.
Je me procurai un autavion de location à la gare située au nord de la ville ; c’était un vieux clou d’une dizaine d’années mais il était entièrement automatique et à mes yeux c’était cela qui comptait. Je lui fis faire le tour de la ville, survolai le cratère de Manhattan et branchai le servo-pilote. J’étais heureux mais terriblement énervé. Mary me passa ses bras autour du cou. Au bout d’un long moment, j’entendis le Toop-top-top-Toop du radio-phare de mon chalet. Je m’arrachai aux bras de Mary pour atterrir. « Où sommes-nous ? me dit-elle d’une voix ensommeillée.
— À mon chalet, dans la montagne, lui dis-je.
— Je ne savais pas que vous… que tu avais un chalet. Je croyais que nous allions à mon appartement.