— Pour tomber sur tes pièges à loups ? Pas de danger ! D’ailleurs ce n’est pas mon chalet, c’est notre chalet. »

Elle m’embrassa de nouveau, ce qui me fit louper mon atterrissage. Elle descendit la première pendant que je coupais les circuits. Je la vis regarder le chalet. « Mais mon chéri, c’est ravissant ! s’écria-t-elle.

— Rien ne vaut les Adirondacks », reconnus-je.

Il y avait une petite brume, et le soleil couchant donnait au paysage ce merveilleux aspect stéréoscopique où les plans successifs se détachent avec netteté.

Elle y jeta un coup d’œil. « Oui… bien sûr, dit-elle, mais ce n’était pas du paysage que je parlais, c’était de ton… de notre chalet. Entrons-y vite.

— D’accord, dis-je. Mais, tu sais, ce n’est qu’une vulgaire cabane. »

Et c’était vrai : il n’y avait même pas de piscine intérieure. Je l’avais voulu ainsi, ne tenant pas, lorsque j’y viendrais, à avoir l’impression d’amener la grande ville avec moi. La coque était en verre armé, et des plus banales, mais je l’avais fait recouvrir de duroplaques qui avaient l’air de vrais rondins. L’intérieur était très simple aussi : un grand living-room, une vraie cheminée, d’épais tapis et beaucoup de grands fauteuils bas. Les appareils de service étaient groupés dans un bloc aménagé sous les fondations : conditionnement d’air, groupe électrogène, système de nettoiement, équipement sonore, canalisations, alerte antiradiations, servomoteurs, bref tout ce qu’il fallait, sans oublier le réfrigérateur et les autres appareils culinaires maintenus volontairement invisibles. Les écrans de stéréo eux-mêmes ne se remarquaient que quand ils fonctionnaient. Il aurait été difficile de vivre dans une habitation ressemblant davantage à un vrai chalet de bois, tout en conservant le confort moderne.

« Moi, je trouve ça ravissant, dit Mary. Je n’aurais pas aimé une maison tape-à-l’œil !

— Tout à fait comme moi. »

Je fis jouer la clé dans la serrure et la porte s’écarta. Mary entra aussitôt.