À vrai dire ? il vaut mieux ne pas essayer du tout. Je vous répète que nous n’existons pas.

Il y a une chose qu’aucun chef d’État ne peut savoir : c’est la valeur de son service de renseignements. Il ne l’apprend que par les échecs de ce dernier. C’est justement la raison d’être de notre Section. Nous tenons lieu de cadre et de soutien aux autres sections du Service secret. Les Nations Unies n’ont jamais entendu parler de nous ; le Service central de renseignements non plus – du moins, je le crois. Tout ce que je connais moi-même de nos activités, c’est l’entraînement que j’ai reçu et les missions que me confie le Patron. Ce sont des missions intéressantes d’ailleurs, à condition de ne pas se soucier de l’endroit où l’on mange et où l’on dort, ni de ce que l’on mange, ni de l’âge auquel on mourra. Si j’avais pour deux sous de bon sens, j’aurais depuis longtemps démissionné et cherché du travail ailleurs.

Seulement dans ce cas, je n’aurais plus travaillé sous les ordres du Patron, et ça c’est quelque chose qui compte !

Oh ! n’allez pas vous imaginer que le Patron soit un chef coulant ! Il serait très capable de vous dire à l’improviste : « Mes enfants, voilà un chêne qui manque d’engrais. Vous voyez ce trou qui est au pied ? Sautez dedans et je le reboucherai ! »

Nous l’aurions fait. Chacun de nous l’aurait fait sans hésiter.

Le Patron, aussi, du reste, s’il avait pensé qu’il y eût seulement cinquante-trois chances sur cent pour que l’opération sauvât le pays d’une catastrophe.

Il se leva en me voyant entrer, et s’avança vers moi en boitillant. Un sourire malicieux lui retroussait les lèvres.

Avec son grand crâne chauve et son nez busqué, il avait l’air moitié démon, moitié polichinelle.

« Bonjour, Sam, me dit-il. Je regrette bien de t’avoir tiré du lit. »

Vous pensez comme je l’ai cru !