« J’étais en permission, remarquai-je assez sèchement.

— Oh ! mais tu l’es toujours. Nous allons partir en vacances. »

Je me méfie de ses « vacances », et je ne mordis pas à l’appât.

« Donc je m’appelle Sam ? répondis-je. D’accord. Et comme nom de famille, ce sera quoi ?

— Cavanaugh. Moi, je serai ton oncle Charlie. Charles M. Cavanaugh, retraité. Je te présente ta sœur Mary Cavanaugh. »

J’avais bien remarqué que nous n’étions pas seuls dans la pièce, mais le Patron est un de ces hommes qui savent monopoliser toute votre attention aussi longtemps que ça leur chante. Je regardai ma nouvelle sœur. Je la regardai même longuement : elle en valait la peine.

Je comprenais maintenant pourquoi il voulait nous faire tenir les rôles du frère et de la sœur dans une mission où nous devions opérer ensemble : comme cela, il était sûr d’éviter les complications sentimentales entre nous. Un bon agent est aussi incapable de trahir la psychologie du personnage qu’il incarne qu’un bon acteur de prendre des libertés avec son texte. J’étais donc forcé de me conduire avec cette jeune personne comme si ç’avait été ma sœur. On peut dire que le Patron était vache avec moi !

Un long corps mince, mais une poitrine agréable. De jolies jambes, des épaules plutôt larges pour une femme. Des cheveux couleur de flamme et cette forme de crâne un peu reptilienne des vrais roux au-dessus d’un visage plus joli que beau… Elle me regardait avec autant d’indifférence que si j’avais été un quartier de bœuf à l’étal.

Moi j’avais envie de faire la roue ou de marcher sur les mains. Cela dut se voir car le Patron me dit gentiment : « Allons, allons, Sammy, un peu de tenue. Ta sœur t’adore et tu l’aimes beaucoup – mais ton affection est toute franche, toute saine, toute chevaleresque. Le parfait boy-scout, quoi ! Tu vois ça d’ici ?

— A ce point-là ? dis-je en continuant à dévisager ma « sœur ».