— Encore plus !

— Bon ; tant pis ! Comment allez-vous, sœurette ? Enchanté de faire votre connaissance. »

Elle me tendit une main ferme qui me sembla aussi robuste que la mienne. « Bonjour, frérot », répliqua-t-elle d’une voix de contralto qui acheva de me chavirer. Que le diable emporte le Patron !

« Je dois encore te prévenir, continua celui-ci, que tu es si attaché à ta sœur que tu sacrifierais volontiers ta vie pour elle. Or je regrette de te le dire, Sammy, mais, pour le moment du moins, la vie de ta sœur est plus utile au Service que la tienne !

— Compris, répliquai-je. Merci d’y mettre tant de formes.

— Et maintenant, Sammy…

— C’est ma sœur chérie et je dois la défendre contre les chiens errants et les inconnus. Compris. Quand part-on ?

— Il faut d’abord que tu passes à l’atelier de cosmétique. On t’a préparé une nouvelle figure.

— Il vaudrait mieux une nouvelle tête tant que vous y êtes. Eh bien, à tout à l’heure. Au revoir, sœurette. »

Ils ne sont pas tout à fait allés jusqu’à la nouvelle tête. Mais ils m’ont réinstallé mon téléphone personnel dans la nuque avant de me coller d’autres cheveux par-dessus. Ils ont teint les miens dans le même ton que ceux de ma nouvelle sœur. Ils m’ont décoloré la peau et retouché les pommettes et le menton. Quand je me suis vu dans la glace j’avais autant qu’elle l’air d’un rouquin authentique. En regardant mes cheveux je ne suis même pas arrivé à me rappeler quelle avait jamais pu être leur teinte naturelle. Je me suis demandé à moi-même si ma « sœur » était bien ce qu’elle semblait être. Dans le fond, j’aurais mieux aimé cela.