J’ai enfilé les vêtements qu’on m’avait donnés, et quelqu’un m’a remis un sac de voyage tout préparé. Le Patron, lui aussi, était manifestement déjà passé à l’atelier de cosmétique. Son crâne était maintenant couvert de petites bouclettes d’une teinte intermédiaire entre le rose et le blanc. On lui avait également retouché le visage ; je ne pourrais pas dire au juste comment on s’y était pris, mais il était indiscutable que nous étions maintenant devenus tous trois de très proches parents, tous membres de cette étrange variété de l’espèce humaine que sont les roux.
« Viens, Sammy, me dit-il, je t’expliquerai la mission en route. »
Nous sommes sortis par un chemin que je ne connaissais pas et qui aboutissait aux quais d’envol de la gare du Nord, au-dessus de New Brooklyn et face au Cratère de Manhattan.
Je pilotais, et le Patron parlait. Dès que nous eûmes quitté les circuits locaux, il me dit de brancher le pilote automatique et de mettre le cap sur Des Moines dans l’Iowa. Cela fait, je suis allé rejoindre Mary et l’« oncle Charlie » dans la cabine arrière. Il nous a fourni nos curriculum vitae respectifs bien tenus à jour. « Et voilà, a-t-il conclu. Nous sommes une famille de touristes en vacances. Si par hasard nous nous trouvons être les témoins d’événements exceptionnels, c’est ainsi que nous devrons nous comporter : en touristes curieux mais insouciants.
— Mais d’abord, quel est le problème ? Nous ne faisons tout de même pas une partie de colin-maillard.
— Hum… Ça se pourrait…
— O.K. Quand on se fait démolir, c’est tout de même agréable de savoir pourquoi. Pas vrai, Mary ? »
« Mary » n’a rien répondu. Elle semblait posséder cette qualité rare chez les femmes de savoir se taire quand elle n’avait rien à dire. Le Patron m’a jeté un coup d’œil pensif. « Sam, m’a-t-il dit enfin, tu as bien entendu parler des soucoupes volantes ?
— Hein ?
— Voyons, tu as quand même fait de l’histoire en classe.