— Quoi ? Vous parlez de cette épidémie de folie qui a sévi bien avant la période des Désordres ? Je croyais que vous pensiez à quelque chose de récent, de réel. Les soucoupes volantes n’étaient que des hallucinations collectives.

— Est-ce bien sûr ?

— Ma foi, je ne suis pas très calé en psycho-pathologie collective, mais il me semble quand même bien me rappeler qu’à cette époque tout le monde était plus ou moins névrosé. Si quelqu’un avait eu le cerveau en bon état, il se serait fait fourrer au cabanon.

— Tu trouves notre époque plus raisonnable ?

— Ce serait beaucoup dire. »

À force de fouiller les recoins de ma mémoire j’ai fini par trouver la réponse que je cherchais. « Je me rappelle l’équation, ai-je dit. C’est l’intégrale de Digby, qui sert à évaluer les données du deuxième ordre et au-dessus. Elle nous fournit une probabilité de 93,7 pour cent pour que le mythe des soucoupes volantes, après élimination des cas expliqués de façon satisfaisante, soit dû à des hallucinations. Je m’en souviens parce que c’est le premier cas de ce genre pour lequel les faits aient été systématiquement rassemblés et étudiés par des savants à la demande du gouvernement. Dieu sait pourquoi, d’ailleurs !

— Alors, tiens-toi bien, Sammy, m’a dit le Patron d’un air débonnaire, parce que aujourd’hui nous allons examiner une soucoupe volante. Nous en rapporterons même peut-être un morceau comme souvenir, en bons touristes que nous sommes. »

CHAPITRE II

« Il y a dix-sept heures vingt-trois minutes, dit le Patron après un coup d’œil sur sa montre-bague, un astronef non identifié s’est posé près de Grinnell dans l’Iowa. Type : inconnu. Forme : approximativement discoïdale. Diamètre : environ cinquante mètres. Origine : inconnue, mais…

— On n’a pas relevé sa trajectoire ? coupai-je.