— Non, répondit-il. Voilà une photo prise après l’atterrissage par le satellite artificiel Beta…»
J’y jetai un coup d’œil avant de la passer à Mary. Ce document était aussi peu satisfaisant que l’est en général toute téléphoto prise d’une distance de dix mille kilomètres. Des arbres qui ressemblaient à de la mousse… l’ombre d’un nuage gâchant la partie la plus intéressante de l’image… et enfin un cercle gris qui pouvait être un astronef en forme de disque, si l’on y tenait, mais tout aussi bien un château d’eau ou un réservoir à essence…
Mary rendit la photo au Patron.
« On dirait un chapiteau de cirque, remarquai-je. Nous avons d’autres renseignements ?
— Aucun.
— Aucun ? Au bout de dix-sept heures ? Nous devrions être submergés sous les rapports de nos agents. Qu’est-ce qu’ils fichent donc ?
— Nous avions pourtant du monde là-bas : deux qui étaient dans les parages et deux autres que j’ai envoyés spécialement. On est sans nouvelles d’eux. J’ai horreur de perdre des agents, Sammy, surtout quand c’est pour rien. »
Je compris soudain avec une lucidité froide que la situation devait être d’une extrême gravité pour que le Patron eût décidé de miser son va-tout sur son intelligence, au risque d’entraîner la disparition de la Section ; car la Section c’était lui. Je me sentis frissonner. En temps ordinaire un agent a le devoir de sauver sa peau, pour pouvoir terminer sa mission et revenir faire son rapport. Mais cette fois-ci, c’était le Patron qui devait revenir – et après lui, Mary. Je compris que ma vie n’avait pas plus de prix qu’une agrafe-trombone. Sale impression !
« Un de nos hommes nous a adressé un rapport incomplet, continua le Patron. Il s’était approché de l’objet en feignant d’être un innocent badaud et nous a téléphoné qu’il devait s’agir d’un astronef. Il a ensuite signalé que l’astronef s’ouvrait et qu’il allait tâcher de se rapprocher, en franchissant les cordons de police. Sa dernière phrase a été : « Les voilà ! Ce sont de petits êtres d’environ…» Puis plus rien.
« De petits hommes ?