— Hein ? »
C’était la deuxième fois que je l’appelais ainsi dans le mois et cela le mit aussitôt sur la défensive.
« Vous avez toujours voulu que j’épouse Mary, hein ? Vous avez tout combiné pour cela.
— Ne dis donc pas de bêtises. Je crois au libre arbitre, mon petit – et au libre choix. Vous aviez tous les deux droit à une permission – le reste est purement accidentel.
— Hum ! Je ne crois pas beaucoup au hasard, quand vous êtes dans le coup. Enfin peu importe. Je ne me plains pas du résultat. Et maintenant, pour cette mission, laissez-moi un peu plus de temps pour que je réfléchisse aux différentes éventualités. Je vais toujours passer demander une oreille en caoutchouc au service de Cosmétique. »
CHAPITRE XXVI
Nous décidâmes finalement d’essayer de pénétrer en zone rouge. Notre équipe d’analystes nous avait prévenus qu’il n’y avait aucune chance pour que je puisse avec succès me faire passer pour un renégat. La question essentielle était de savoir comment on devenait un renégat. Pourquoi les parasites leur faisaient-ils confiance ? La réponse était évidente. Un parasite connaît l’esprit de son porteur. Si, en s’emparant de l’esprit d’un homme, il sait que celui-ci est un renégat-né, un homme qui ne demande qu’à se donner à eux, il peut être utile d’en faire un renégat plutôt qu’un porteur. Mais il faut d’abord que la créature ait pu sonder l’ignominie de l’individu en question pour s’assurer de sa profondeur.
Telle était la conclusion à laquelle nous conduisait la logique – logique humaine, certes, mais qui devait être aussi celle des créatures puisque cette hypothèse recoupait tout ce dont nous les savions capables ou incapables. Quant à moi, j’étais incapable, même sous l’empire d’instructions reçues sous hypnose profonde, de me faire passer pour un aspirant-renégat. C’est du moins ce que les psycho-techniciens décidèrent – et je me ralliai de grand cœur à leurs conclusions.
Il peut sembler illogique de supposer les créatures capables de « libérer » un porteur alors même qu’ils le savent susceptible de leur rester fidèle ensuite.
Mais les renégats constituaient pour les larves une réserve intéressante de membres fidèles de leur cinquième colonne. « Fidèles » n’est pas le mot juste, mais notre langue n’a pas de mot pour cette sorte d’ignominie. Il était certain que des renégats s’étaient déjà infiltrés dans la zone verte, mais il est souvent malaisé de distinguer un renégat d’un imbécile ; cela les rendrait difficiles à pincer.