Sans nous attarder davantage, nous grimpâmes sur l’astronef. Ma nervosité s’en accrut encore. Pourtant l’aspect de l’engin n’avait rien d’effrayant en lui-même.

Mais cet aspect n’était pas normal. Quoique l’objet en présence duquel nous nous trouvions fût évidemment artificiel, on savait d’instinct, sans avoir besoin de se l’entendre dire, qu’il n’avait pas été fait de main d’homme. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Sa surface était mate et polie comme un miroir, sans une seule marque d’aucune sorte. Il était impossible de dire comment il avait été construit. Il était lisse comme un cube de matière plastique.

Je n’aurais pas pu dire de quoi il était fait. De métal ? Évidemment il fallait que ce fût du métal. Mais en était-ce bien ? On se serait attendu à le trouver ou terriblement froid, ou, au contraire, brûlant encore du choc de l’atterrissage. Je le touchai. Il n’était rien du tout : ni froid, ni chaud. Un autre détail me frappa : un engin de cette taille atterrissant à grande vitesse aurait dû ravager un ou deux hectares de terrain. Or on ne voyait aucune zone brûlée autour de lui, la végétation y était restée verte et humide comme partout ailleurs.

Nous montâmes jusqu’à cette espèce de parasol qui devait être le sas atmosphérique. Le bord en était rabattu sur le petit char amphibie dont le blindage était cabossé comme une boîte de carton que l’on aurait serrée dans sa main. Ces « tortues de sable » sont faites pour pouvoir rouler sur des fonds de deux cents mètres ; je vous jure que c’est costaud !

Celle-ci devait l’être, car si le parasol l’avait endommagée, l’écluse n’avait pas pu se refermer. En revanche, le métal, ou Dieu sait quel élément, dont était construite la porte de l’astronef ne portait pas la moindre trace de l’effort supporté.

« Attends-moi ici, avec Mary, dit le Patron en se tournant vers moi.

— Vous n’allez pas entrer tout seul là-dedans ?

— Si. Nous n’avons sans doute pas beaucoup de temps devant nous.

— J’ai ordre de rester avec vous, monsieur, lui dit l’enseigne. C’est ce qu’a dit le commandant.

— Très bien, acquiesça le Patron. Venez. »