J’accourus vers eux en baissant la tête pour éviter de me cogner au plafond bas. Sans quitter Mary des yeux le Patron me fit signe de reculer. Je m’arrêtai, hésitai. « Retourne là-bas, commanda-t-il. Tout de suite ! »
C’était à moi que s’adressait l’ordre, et j’y obéis, mais Mary aussi.
« Il y avait un avion…, murmura-t-elle. Un très grand avion. » Il lui dit quelque chose tout bas ; je n’entendis pas la réponse de Mary, si elle lui en fit une. Cette fois je n’osais plus bouger. Malgré mon trouble, je comprenais que j’assistais à une chose qui devait être d’une extrême importance pour absorber ainsi toute l’attention du Patron en présence de l’ennemi.
Il continuait à parler d’une voix apaisante, mais insistante. Mary se calma et parut sombrer dans une sorte de léthargie, mais j’entendais bien qu’elle répondait au Patron. Au bout d’un moment elle se mit à débiter un flot de paroles monotones, comme cela se produit dans les cas de débâcle émotionnelle. Le Patron n’avait que rarement besoin de la relancer dans son récit.
J’entendis quelque chose ramper dans le couloir derrière moi. Je me retournai et sortis mon arme, pensant avec une brusque panique que nous étions pris au piège. Je faillis tirer avant de reconnaître le sempiternel enseigne que nous avions laissé dehors. « Venez vite », dit-il d’une voix émue. Il passa devant moi et répéta la même chose au Patron.
Celui-ci paraissait exaspéré au-delà de toute expression.
« Vous, taisez-vous et foutez-moi la paix ! ordonna-t-il.
— Il faut partir, insista le jeune homme. Le commandant vous fait dire de venir tout de suite. Nous sommes obligés de nous replier et le commandant peut être forcé de tout faire sauter d’une seconde à l’autre. Si nous sommes encore là-dedans à ce moment-là… Bang !
— C’est bien, dit le Patron avec le plus grand calme. Allez dire à votre commandant qu’il faut absolument qu’il tienne jusqu’à ce que nous soyons ressortis. J’ai des renseignements de la plus haute importance. Aide-moi à porter Mary, petit.
— À vos ordres, dit le jeune enseigne. Mais dépêchez-vous ! »