Il parut étonné. « Euh… mais certainement… Voulez-vous les voir seule ?
— Je les verrai avec mon mari. Vous pouvez rester avec le docteur Hazelhurst, si vous voulez. »
C’est ce qu’ils firent. Un lot de bobines fut bientôt apporté chacune avec une étiquette qui lui attribuait une date et un âge différents. Il aurait fallu des heures pour les parcourir toutes et j’éliminai celles qui se rapportaient à la vie de Mary après 1991 car elles ne pouvaient guère avoir d’intérêt du point de vue qui nous occupait.
Nous commençâmes par sa toute petite enfance. Chaque enregistrement montrait d’abord le sujet (Mary) suffoquant, gémissant, se débattant comme il arrive toujours quand on vous force à remonter malgré vous un courant mnémonique.
Après venait la reconstitution de son passé, où sa voix se mêlait à d’autres. Ce qui me surprit le plus, ce fut l’expression de Mary dans le bac. Nous en avions réglé l’agrandissement de façon que l’image stéréoscopique paraisse presque à portée de la main, et nous pouvions suivre chacune de ses expressions dans ses moindres détails.
Son visage devint d’abord celui d’une petite fille. Oh ! bien sûr, ses traits étaient toujours ceux d’un adulte, matériellement parlant, mais je savais que je voyais ma chérie telle qu’elle devait paraître quand elle était toute petite. Cela me fit désirer avoir une fille.
Puis son expression changea, en s’adaptant aux divers personnages surgis de sa mémoire au fur et à mesure qu’elle les évoquait. C’était comme si l’on avait assisté à un excellent numéro d’imitateur.
Mary restait très calme, mais sa main s’était glissée dans la mienne. Quand nous en arrivâmes à cet horrible moment où ses parents s’étaient transformés, cessant d’être ses parents pour devenir les esclaves des larves, elle me serra plus fort les doigts sans perdre sa maîtrise d’elle-même.
Je laissai de côté les bobines marquées : « Période d’animation suspendue » et passai au groupe relatif à son sauvetage des marais.
Une chose était sûre : une larve l’avait possédée sitôt qu’elle avait été réanimée. Cet air de morte-vivante que je lui voyais était bien celui qu’ont tous les esclaves quand leurs « maîtres » ne se donnent plus la peine de se camoufler. Les stéréos de la zone rouge avaient reproduit des images analogues à des milliers d’exemplaires. Cela était encore confirmé par son absence presque totale de souvenirs pour cette période.