« O.K. Je suis un génie, soit. Mais ne comptez pas sur moi pour m’appuyer vos corvées. Quand toute cette histoire sera terminée, Mary et moi allons partir dans les montagnes. Nous élèverons des chats et des gosses. Je n’ai pas l’intention de passer ma vie à diriger des agents secrets à moitié cinglés. »

Il me sourit doucement.

« Je n’en veux pas de votre poste, entendez-vous ?

— C’est ce que le diable a dit à Dieu après l’avoir détrôné ! Ne prends pas ça si à cœur, Sam. Pour le moment, je garderai le titre. En attendant, quelles sont vos intentions, monsieur ? »

CHAPITRE XXXI

Le pis, c’est qu’il était sérieux. Je m’efforçai de faire le mort, mais cela ne servit à rien. Une conférence, au niveau le plus élevé, fut convoquée l’après-midi même – j’en fus avisé, mais je ne m’y rendis pas. Bientôt une petite W.A.C., très polie, vint me dire que le commandant m’attendait et me pria de le rejoindre.

J’y allai donc et tâchai de ne pas me mêler à la discussion. Mais mon père a une méthode toute personnelle pour diriger une réunion, même s’il ne la préside pas : il se contente de regarder d’un air anxieux celui qu’il veut entendre. C’est une manœuvre habile, car le reste des assistants ne se rend pas compte qu’on le manœuvre.

Mais moi je savais ce qu’il en était. Quand tous les yeux sont tournés vers vous, il est plus facile de donner son avis que de se taire. D’autant plus que, pour une fois, je constatais que j’en avais un !

On gémit d’abord abondamment sur l’impossibilité où l’on se trouvait d’utiliser la fièvre neuvaine. Les larves en mourraient, certes, mais les Vénusiens eux-mêmes en meurent et on peut les couper en deux sans les tuer ! Seulement cela représentait aussi une mort certaine pour tous les humains – ou presque. J’avais épousé quelqu’un qui en avait réchappé, mais l’immense majorité était sûre d’en mourir. La fièvre durait de sept à dix jours une fois le microbe contracté ; après cela, rideau.

« Vous dites, monsieur Nivens ? »